Pourquoi Mylène Farmer est l'icône des gays
Image © Keystone
«Avec mon public gay, je partage cette sensation d'être différente, ce qui provoque des difficultés de vivre dans ce monde», glisse Mylène Farmer
La star française donnera deux mégaconcerts en fin de semaine prochaine à Genève. Avec Madonna, elle est la chanteuse préférée des gays. Qu'est-ce qui les fascine
tant chez elle? Son art de la mise en scène, son look androgyne et surtout la savante ambiguïté qu'elle cultive en matière sexuelle
Bertrand Monnard - le 29 août 2009, 23h27
Le Matin
Homosexuels, Jean et Christophe sont coiffeurs à Genève. De la musique zen berce les journées dans leur salon. Mais, à partir de 18 h, quand ils se retrouvent entre
eux, ils se passent du Mylène Farmer. «Ça donne envie de danser.»
Le week-end prochain, ils iront évidemment la voir au Stade de Genève, comme plein d'autres homos. Depuis ses débuts, voilà 25 ans, Mylène Farmer, comme Madonna,
est une icône du milieu gay.
«Ce que j'aime surtout chez elle, c'est son côté paillettes. Les gays sont très friands de mise en scène; elle fait partie de notre vie de tous les jours», raconte
Jean. Christophe abonde. «Mylène se déguise, se travestit, se transforme, on sent qu'avec elle tout est permis, tout est possible. Dalida était notre maman, Mylène, c'est notre soeur. Quelqu'un
qui vous accepte tel que vous êtes, sans juger.»
A Genève avant Paris
Des préférences sexuelles ambiguës
Titiller, sans jamais dévoiler, sans en dire plus. Hétéro, gay, bisexuelle, Mylène? Dans une tribune libre publiée l'an dernier par Têtu, le magazine gay, Frédéric
Mitterrand, l'actuel ministre français de la Culture, homosexuel revendiqué, décrivait la fascination que lui inspire Mylène Farmer. «Madonna à qui on la compare souvent a forcé sur l'aérobic.
Mylène, avec son look androgyne façon Gavroche, est infiniment plus troublante. Un garçon-fille qui s'est construit ou construite secrètement, qui se donne sans s'abandonner ni dévier d'un chemin
connu de lui ou d'elle seule. Cet art d'être reconnu sans être connu. Mylène rappelle que les vrais pédés aiment aussi les femmes», écrivait-il.
Dans le même numéro de Têtu, Mylène entretient, plus que jamais, un savant mystère sur ses orientations. «Quel type d'homme aimeriez vous être?» «Un homme
terriblement sexy.» «Qu'est-ce qui vous séduirait chez une femme?» «L'imprévisibilité, elle transforme le quotidien en aventure.» «Comment vivez vous le fait d'être une icône gay?» «J'ai le
sentiment d'être privilégiée, c'est un public sensible, avant-gardiste avec qui je partage le sentiment d'être différente.»
Les gays y auront vu une subtile filiation.
source : http://www.lematin.ch/people/mylene-farmer-icone-gays-159265
Dans l'univers de Mylène Farmer, des thèmes comme le mal de vivre, les tendances suicidaires, particulièrement présents dans les milieux gays, reviennent en
permanence, stylisés jusqu'à l'extrême. Surtout Mylène, avec son look androgyne, a toujours su entretenir, autour de ses préférences sexuelles, une savante ambiguïté qui nourrit ses tubes les plus
connus. «Dis maman, pourquoi je ne suis pas un garçon? Sans contrefaçon, je suis un garçon», clame-t-elle dans un refrain presque mythique. Dans «Pourvu qu'elles soient douces», autre grand succès,
ses paroles font une allusion claire à la sodomie: «Ton Kama-sutra a bien 100 ans d'âge, (...) le nec plus ultra, c'est d'aimer des deux côtés.»
Le comédien Jean Gorgoni, alias Marie-Thérèse Porchet, roule souvent, dans sa voiture, au rythme des tubes de Mylène. Lui aussi,
il ira la voir sur scène. Ce sera la troisième fois. «Ses shows sont toujours incroyablement spectaculaires. C'est une femme forte et fragile, violente et enfantine en même temps. Son univers me
parle totalement, comme celui d'une Nina Haagen ou de Marilyn Manson par exemple.» Vendredi et samedi, 62 000 spectateurs au total, un record, découvriront la première qu'offre Mylène à Genève:
avant Paris, elle s'y produira pour la première fois dans un stade, et pas en salle, forte d'un spectacle totalement nouveau.
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